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Pierre Joris



CANTO DIURNO #2:

A / TO JACK KEROUAC

ODE  BILINGUE





l’à-

to Kerouac

deux as

sans volant,

son cosas

de tristessa, la

vida goes

on as I

start 6:06 a.m.

23 June 1999 from

Joey’s Riverside Restaurant

dawn sunny side up

in truckstop 23

(nous aimons fermer la Noël)

mais ce n’est que la

pré-Saint Ti Jean

a day for Jack

lapsed Buddhist

hitchhiked 1000 miles

histoire de

t’apporter du vin

histoire de

mourir /

il y a 30 ans

il ya 45 ans

tu écrivais (235 Chorus):

”Je sais que je suis mort.

Je ne camperai pas. Je suis mort maintenant.

   Qu’est-ce que j’attends pour disparaître?…”

30 years ago – & aujourd’hui

ici aux chiottes

c’est écrit:

“Colfax Driver Sucks”

(dans la bouche, oui,

dans le cul, non,

la sexpol de Jack)

graffiti & café

une carte dé-

roule la route

drive to Lowell

dark shades in bright

a.m. rising

sun, in the house

      of,

            Jack’s nights

mon teenage dream

of America

            mon truck stop blues

un blues for Jack

gone these thirty years now

& Allen gone

& William gone

mais reste Gregorio

in Nueva Yorkio

spitting smack in the face

of death,

reste Sanders

à Woodstock workin’

for the city

et puis

Claude à Binghamton

careening down

Carotid Bypass --

Et donc,

il n'est jamais trop tard, Jack,

repasser sur ta tombe,

passer en trombe,

trompe l’oeil ou trompe-la-mort,

trompette de la mort à une

heure et demi de voiture

coup de volant coup de volonté

Jack n'en avait plus au paradis

des trompes en Floride, trop

croyables Florides aux

glauques troupeaux,

il s’est heurté aux tentacules de

l’archange mère

sous l’horizon des mers abandonnées

& tu ne l’as pas trouvé

“le Saint Lait Intérieur

que Damema, Mère des Bouddhas

donna à tous.” (chorus 225)

Tu gagnas et perdis les

plages des Grandes Plaines

vagues Kansas vague Nebraska

et vogue la galère bière

Saint Jack le sait:

Gabrielle le préfère

mort-éthylique que

suceur de bites juives

et Jack embrasse son karma-

sixpack -- Ah!

comment se conduire

sans s’étendre méli-mélo,

how to drive through

all the sad-sack

comings & goings

& not back up memory

‘s cul-de-sac,

même si

Maggie est le nom

de la serveuse fatiguée

aux bas nyloncache-varices

au show-avaries

sous le signe:

            Cashier / Take Out

Signe pour

départ immédiat, sun-

struck in Plaza 23 & à 8:15

arrêt à Blanchard MOBIL station

of no cross I hope

along Mass Turnpike la

table en bois d’où je veux t’écrire

déjà inscrite:

“Opinion is a flitting thing

            L’opinion est chose passagère

But truth, outlasts the Sun –

            Mais la vérité, dure plus que le soleil –

If then we cannot own them both –

            Si donc nous ne pouvons les posséder toutes deux

Possess the oldest one –

Possédons la plus ancienne--“

Emily Dickinson

“Poème utilisé avec permission”

nom gravé sur le banc sous mon cul,

le soleil, Jack, est le plus vieux

de tous, mais comment le

posséder? Ce chaud

matin d’été

vertes forêts & collines

du Massachusetts

plis sur plis tout autour

de la voiture,

            open as I ride,

sweet tender light

green,

            gobbles us up,

in intimations of

la même vieille

mortality.

*          *            *

Walked downtown Lowell

            to high school



            to monument



& now at 112 Gorham

            once Nicky’s

    & thus Jack’s watering hole

now Ricardo’s Eye-

            talian restaurant –

R’s father, ex-mayor of Lowell,

   now 82, is mentioned in On

            The Road,

                        Sez Ricardo’s manager,

Qui me montre

dans le nouveau restaurant



le vieux bar

dont la surface

si tu penches la tête

à un certain angle

montre encore

l’impact des bottes

pits of boots

once danced

w/ Jack in atten-

            dance

ce qui reste:

Ricardo sells, on tap,

   de la Stella

Artois, celle-là,

mais me fila

Mary Sampas’

phone number au journal –

ne l’ai pas appelée,

walked over to Jack’s

old Canuck St. Jean

Baptiste cathedral on

Merrimack, qui s’appelle

maintenant l’Eglise Nuestra Senora

del Carmen, mais verrouillée,

tu ne t’y retrouverais pas,

Jack, ce qui était

Franco-Canadien / Irlandais

est Dominicain / Vietnamien,

je suis revenu vers la voiture

passant près du “Paradise Diner”

qui donna peut-être le nom

du héros de Sur La Route,

à moins que ce ne fut la phrase de

Ginsberg, “Sad Paradise!”

Triste Paradis, indeed, ce Lowell

où j’ai conduit jusqu’au coin

de Pawtucket & School

l’orphelinat Franco-ricain

son horrible grotto qui t’effrayait



drive-through stations of the cross

life-size Katholick Guilt,

l’horreur, l’horreur,

pauvre Ti Jean caught  & killed

by that trip

malgré les Golden Buddhist Scriptures

of other Eternities,

drove out to cemetery

j’ai foncé jusqu’au cimetière

(inserer image #5 ici)



kneeled in front of

the plaque, 2 cannettes vides,

1 empty sweet peach brandy bottle

1 twisted fork,

2 notes gribouillées: Dear Jack…

3 candle butts

etcetera

drove back Al-

bany-way

wondering where to insert

Yves Buin’s line

“J’ai croisé un visionaire

            et nous avons fait quelques pas.’

Le pas, le pas

le suivre au, ne pas

n’est-ce pas là

la difficulté –

Comment trouver

cette forme sauvage

“la seule forme

qui contienne ce que j’ai

à dire”

pour écrire des lignes parfaites comme

“welkin moon wrung salt

upon the tides of come-on nights –“

ou encore comme tu

l’as écrit à Allen: “Forget

the facts and think

of the things, all the

things.” – “Oublie les faits

et pense

aux choses, à toutes les

choses.”

Et là je pense à toi,

Jack, la chose-Kerouac,

la prose-Kerouac, l’amer-

ique.





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